Préface

 

Serge Hanin, 90 kilos d'homme

On ne présente pas Hanin comme une marchandise. Donc, je ne le vendrais pas, ce qui serait un comble pour un ami, reconnaissons-le. Serge est un homme, dans un sens oublié sans doute de nos jours : tatoué par la vie, vacciné de ses contemporains, velu comme un singe à qui l'on ne fait pas de grimaces. Les images de Serge sont donc à la sienne : des personnages entiers, charnus, qu'il aime à pétrir d'humanité populaire, des tronches de casting de années 50, qui ne redoutent ni les mauvais lieux ni la chicorne qui va autour. Leur langage et le sien précèdent souvent leur reflet, fortes en gueules, parfumées aux essences des quais et à l'iode des rues du port. Entrer dans le monde d'Hanin, c'est se plonger dans celui d'une ville que certains voudraient aujourd'hui lisser, aseptiser dans un souci d'oblitération de l'histoire. La vraie, celle des hommes et des femmes qui l'ont créée, de leur sueur, de leurs mots et de leur âme.

Franck Duboc